A Quiberon et St Pierre Quiberon, toute l'info de la presqu'île

http://www.quiberon.info/

Roman-Francis Valery (Livres et écrivains)

Francis VALÉRY

L'Erreur de France

coll. Klaatu, 2ème semestre 1997

ecrivvalery-klaatu1997.jpgUne maison de production demande à un écrivain de créer un personnage à la Maigret pour une future série télévisée. Il accepte et part s'installer dans un hôtel à Quiberon, face à l'océan, face à Belle-Isle. Au fil des jours, il définit peu à peu un personnage avec lequel un dialogue se noue...



Plusieurs lignes de narration se développent alors. Lors de ses promenades quotidiennes, l'auteur est le témoin des métamorphoses de la ville : des décors apparaissent, des êtres étranges font leur entrée et tiennent des propos énigmatiques. De son côté, le personnage conduit son enquête dans les milieux de la philatélie : un collectionneur a été assassiné et un trafic de faux mis à jour.

Quant au narrateur, il se remémore peu à peu un séjour précédent dans ce même hôtel, en compagnie de son amie de l'époque. Elle et lui collectionnaient les îles. Ils passaient de l'une à l'autre pour y résider un temps : Ré, Oléron, Belle-Isle... Belle-Isle justement, où dix ans plus tôt, cette jeune femme a disparu dans des circonstances restées mystérieuses...


Francis Valéry a publié une vingtaine d'essais et d'ouvrages de référence, cinq recueils de nouvelles et trois romans. Ses nouvelles ont été primées à plusieurs reprises et ont fait l'objet de nombreuses traductions en Europe et aux USA.





Critiques :

Ce court roman peut être lu à la fois comme un adieu de son auteur à la littérature de genre dans laquelle il excelle depuis près de vingt ans, ou comme l'acte de naissance d'un écrivain qui, ayant parfaitement digéré la richesse thématique de la littérature populaire, souhaite l'intégrer à un travail de fond sur son écriture.

Ce qui frappe dans L'erreur de France, c'est le foisonnement d'un texte qui, en dépit de sa taille, propose au lecteur pas moins de cinq niveaux de lecture dont le détail témoigne des différentes intentions de l'auteur.

Dès le premier chapitre, le lecteur est plongé dans une intrigue policière (« Le commissaire ferme la porte de son bureau. »), le voilà en terrain connu. A de très rare exceptions, la littérature policière contemporaine est l'une des plus balisées, des plus codifiées. Le texte se poursuit : « II ôte son manteau, son écharpe, les accroche au portemanteau. En fouillant dans les poches de son veston, il fait quelques pas vers la table en bois massif qui trône au milieu de la pièce, y dépose sa blague à tabac et sa pipe. » Le décor est planté et nous indique la nature du présent récit : plutôt vieille France, assez peu de risque de croiser un tueur en série. Mais dès le second paragraphe, Valéry brouille les cartes : voilà que par une mise en abîme, l'auteur de ce roman policier s'adresse directement à nous, lecteurs, pour retracer la genèse du récit qui nous est donné à lire. En fait, si le narrateur nous interpelle de manière aussi peu courante, c'est bien que le récit policier n'est pas au centre de ses préoccupations, ni d'ailleurs de celles de Francis Valéry qui ne s'arrête pas en si bon chemin puisque plus loin son narrateur/écrivain adresse directement la parole à son héros dans des pages qui montrent bien la maîtrise d'un auteur sur ses personnages. Enfin, à ces trois premiers niveaux de lecture vient se greffer un quatrième qui, on le sent bien, est celui auquel le narrateur/auteur attache le plus d'importance : l'évocation pleine de poésie d'une passion vécue à Quiberon, face à Belle-Isle des années auparavant. Passion qui s'est soldée par la disparition de l'être aimé sans plus d'explication, même si le lecteur commence à suspecter une issue placée sous le signe du fantastique. Ces quatre récits s'entremêlent donc pendant les 118 premières pages du roman.

Arrivé à ce stade, le lecteur reconnaissant est prêt à se satisfaire de l'épilogue donné en fin de chapitre 6. C'est mal connaître Francis Valéry qui, dans un magistral chapitre 7 (8 pages absolument remarquables), fait plus que semer le doute sur les certitudes glanées tout au long du roman.

L'erreur de France est l'un des meilleurs romans publiés en 1997 et Francis Valéry s'y affirme comme l'un des rares auteurs francophones modernes (Zagdanski, Nadaud, Nothomb, Houellebecq...) capables de secouer la langue française en célébrant dans ses œuvres actuelles les noces de la littérature populaire et d'une écriture dont la musique suffit au plaisir du lecteur.



Benoît DOMIS  - Première parution : 1/4/1998
dans Ténèbres 2 - noosfere.org