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Gustave Flaubert (Livres et écrivains)

Par les champs et par les grèves

réédition   :Préface et commentaires de Pierre Louis REY, éditions Pocket 2002

 

livres-flaubert.jpgEn attendant l’Orient, ce sera la Bretagne. En mai 1847, Flaubert et Maxime Du Camp quittent Paris pour   faire à pied et sac au dos le tour de Bretagne et de Normandie , via les châteaux de la Loire. Au cours du périple qui dura environ quatre mois, Du Camp rédigea les chapitres pairs et Flaubert les chapitres impairs du récit. Ce sont ces derniers que nous lisons ici.

En 1847 le mot «touriste», la relation des impressions recueillies lors d’un voyage et le voyage pour lui-même, ne sont pas des notions très anciennes. Les Mémoires d’un touriste, de Stendhal, datent de 1838, et encore est-il présenté sous le couvert d’une fiction. Avec Flaubert nous avons bien à faire à un récit de voyage : l’itinéraire est exact, le narrateur s’exprime à la première personne et s’adresse directement à ses lecteurs en lui fournissant anecdotes, avis personnels et informations, parfois sous forme d’accumulations incongrues ou d’extraits de conversations délirantes. Flaubert manifeste alors son « étonnement imbécile. » Comme il l’avait écrit à Louis Colet : «Le grotesque a pour moi un charme inouï. Il correspond aux besoins intimes de ma nature bouffonnement amère.»

Le périple commence. Mal. De Paris à Blois «la route, quelques peu qu’elle avait duré, dura encore trop.» Le moyen de transport n’est pas confortable, les compagnons de voyage pas intéressants, et il n’y a rien à voir… Plus loin, à Chenonceaux, Flaubert pense qu’il aimerait bien coucher dans le lit de Diane de Poitiers, «même quand il est vide, cela vaut bien coucher avec quantité de réalités plus palpables.» Autre réflexion, plus terre à terre, du coté de Carnac : «Voilà donc ce fameux champ de Carnac qui a fait écrire plus de sottises qu’il n’a de cailloux.» Preuves à l’appui, histoire de railler «cette éternelle passion du bipède sans plumes de vouloir trouver une explication à tout», avant d’apporter sa pierre (si l’on peut dire) à la réflexion : « quelle est ma conjecture sur les pierres de Carnac ? ce sont de grosses pierres.»

Le voyage se poursuit : Quiberon, Quimperlé, qui ne semble être «venu au monde que pour être un sujet d’aquarelle.» Saint Malo, Combourg, où «bientôt allait finir cette fantaisie vagabonde que nous menions depuis trois mois avec tant de douceur. Le retour aussi, comme le départ, a ses tristesses anticipées qui vous envoient par avance la fade exhalaison de la vie qu’on traîne.» Rennes, terminus.

Ce récit, non dénué de qualités littéraires (les amateurs reconnaîtront le fameux style indirect libre de Flaubert) est évidemment à mettre dans le sac à dos pour un périple breton. Le texte est suivi d’un dossier historique et littéraire très intéressant sur les écrivains et la Bretagne.

Les premières lignes : « Le 1er mai 1847, à huit heures et demi du matin, les deux nomades dont l’agglomération va servir à barbouiller de noir le papier subséquent sortirent de Paris dans le but d’aller respirer à l’aise au milieu des bruyères et des genêts, ou au bord des flots sur les grandes plages de sable. »